« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux
paysages mais à avoir de nouveaux yeux ».
(Marcel Proust)

Les gens d’affaires sont appelés à gérer dans la tourmente, sur plusieurs fronts simultanément et dans un contexte de perpétuel changement. Parallèlement, on leur demande de penser plus stratégiquement, d’opérer dans un environnement constamment réactif et toujours sous pression.

Plusieurs clients, des leaders essoufflés physiquement et moralement, témoignent de leur besoin d’une plus grande capacité de réflexion et de présence. En quête de davantage de temps, ces dirigeants sentent impérativement le besoin de dégager un espace dans leur quotidien pour pouvoir réfléchir et porter une attention particulière aux enjeux organisationnels, tant ponctuels qu’à plus long terme. Pour eux, cette capacité de présence attentive s’avère, plus que jamais, une compétence clé en leadership.

Inviter la réflexion et développer la présence

La racine latine du mot réflexion, soit flect, signifie « plier ». L’acte de réfléchir veut dire « re-plier ». Prendre un temps d’arrêt pour revenir sur les expériences vécues et en tirer des conclusions. Selon Jonathan Gosling (Université Exeter, Londres), la réflexion consiste ainsi à extraire un sens de nos expériences quotidiennes, cette réflexion établissant un dialogue entre le « nous », en tant qu’acteur, et le « nous » comme observateur de nos actions. Il ne suffit pas de poser des gestes, de prendre des décisions ou de vivre une expérience, il faut pouvoir y trouver et y donner un sens.

Toute gestion efficace devrait ainsi s’inscrire entre l’action sur le terrain et la réflexion, l’action sans réflexion étant « irréfléchie ». En effet, la réflexion que l’on pourrait croire a priori passive implique plutôt que l’on questionne, que l’on sonde, analyse, et fasse la synthèse et la connexion entre tous les éléments. Pour acquérir une nouvelle vision, pour pouvoir percevoir avec de « nouveaux yeux », il faut ralentir et prendre pleinement conscience de nos actions. Il s’agit d’une pratique en boucle : on réfléchit, on pose des gestes (actions, décisions), et on réfléchit sur ceux-ci. L’action et la réflexion, sont donc essentielles au leader.

Un client me demandait récemment comment il pouvait trouver du temps pour réfléchir, en fait, pour simplement arriver à réfléchir alors même qu’il peine à souffler ?

Dans son ouvrage intitulé À la recherche du temps perdu, Marcel Proust,alors qu’il mange une madeleine, ce petit gâteau qu’il a rendu célèbre, décrit une expérience particulièrement représentative d’un moment de pleine conscience :

« Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. »

La réflexion, une activité stratégique clé

La pleine conscience constitue une base importante dans l’art de la réflexion. Être pleinement présent, observer sans juger et avec un esprit curieux, permet d’effectuer des prises de conscience avec un regard plus ample. Cela induit également la possibilité de tirer de nouvelles conclusions sur les actions ou les expériences et de stimuler la créativité.

La pleine conscience : un muscle

Mais comment réussir à créer une habitude pour retrouver ‘le temps perdu’ et pratiquer l’art de la réflexion en développant sa pleine conscience? Dans le magazine Times, Kate Pickert décrit la pleine conscience comme étant une « Révolution consciente » (The Mindful Revolution). Pickert croit en effet que la pleine conscience agit comme un muscle qu’il faut constamment exercer afin qu’elle devienne une seconde nature.

La méditation est souvent associée à la pleine conscience et bien qu’elle en soit l’un des « exercices » essentiels, il faut aussi réaliser que l’on peut également manger consciemment (pensons à Proust et à sa madeleine), respirer, lire et marcher consciemment. On peut aussi participer attentivement et consciemment à une réunion, la pleine conscience se pratiquant à tout instant, dans le moment présent, sans jugement et en toute bienveillance.

Les bienfaits de la pratique de la pleine conscience sur la santé ne sont plus à prouver. Nombre d’études scientifiques ont en effet démontré l’incidence positive de la pleine conscience sur les hormones, la pression sanguine, le système immunitaire, etc. Récemment, dans son article « Introduire la pleine conscience au travail en 2019 », le psychologue Carl Lemieux décrivait les effets du stress sur notre corps et les bénéfices que la pratique de la pleine conscience peut avoir sur la réduction de ce stress. C’est pour cette raison notamment que nombreuses organisations et institutions offrent des programmes en pleine conscience.

Le coach, partenaire du développement du leader

Les leaders et gestionnaires font dorénavant appel à des coachs pour les aider à développer de nouvelles aptitudes et compétences et adopter de saines habitudes de vie. Le coach verra à orienter le processus vers le développement plutôt que focaliser sur les résultats qui, en fait, entravent le processus d’apprentissage.

Se concentrer sur le développement de compétences telles que la réflexion permet au leader de performer consciemment, efficacement et de façon continue, quelles que soient les circonstances. Un leader ayant ancré la réflexion dans son quotidien, en développant la pratique de la pleine conscience, devient un leader plus compétent. Il est en mesure de reconnaître son état d’être et de réagir intentionnellement et consciemment aux événements afin de planifier plus stratégiquement. Les recherches scientifiques ont démontré que la pleine conscience améliore notamment la cognition, augmente la concentration et l’empathie. En découle naturellement un impact positif tant sur les résultats que sur son écosystème.
Le leader réfléchi est conscient qu’il est possible de choisir de nouveaux comportements et de créer de nouvelles et saines habitudes. À tout moment, nous pouvons aller au-delà de nos modes de fonctionnement habituels et entrevoir la multitude d’options s’offrant à nous. Il s’agit d’un simple changement de perspective, d’une vision élargie – ce que Proust appelle « de nouveaux yeux ». Le leader qui s’engage dans une réflexion, totalement présent à son environnement tant interne qu’extérieur, sans jugement perçoit mieux ses angles morts et les nuances. C’est dans cet état de présence qu’émergent les nouvelles possibilités et stratégies transformationnelles.

La quête de Proust, ce qu’il nomme le temps perdu, serait en fait une quête pour vivre le moment présent, en pleine conscience. Il apparaît donc essentiel dans le contexte mondial actuel que nos dirigeants adoptent des pratiques telles la réflexion pour développer leur présence et répondre efficacement aux défis complexes, ambigus qu’exige le leadership du 21e siècle’.

Leadership conscient

La réflexion et la pleine conscience, des pratiques et compétences clés, aident les leaders à agir consciemment, avec une plus grande clarté et une sincère compassion au service de l’organisation, des humains qui y contribuent, et pour leur propre savoir-être.

* Tiré d’un article corédigé par les professeurs Henry Mintzberg et Jonathan Gosling, (Society for Human Resources Management).
**The Future of Leadership for Conscious Capitalism, Barrett C. Brown, Ph.D.